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Intérité

La notion d’intérité (in-betweenness) est un néologisme que j’ai d’abord rencontré comme une traduction du mot japonais « aidagara - 間柄 », et « aida - 間 » : « l’entre »,dans un travail de recherche qui, partant de Jacques Demorgon, m’a amené à Bin Kimura - psychiatre japonais - et Tetsuro Watsuji, philosophe japonais.

Le concepts d’’Intérité, ou encore l’Entre, est un « troisième élément » , un « tiers inclus » qui permet de sortir des grilles uniquement binaires dans la lecture des relations antagonistes basées sur des rapports d’identité et d’altérité.

Le philosophe Watsuji Tetsurô confrontait sa pensée à celle de philosophes occidentaux (Descartes, Scheler, Husserl, Durkheim, Bergson, Hegel, Kant et Heideger). Il souhaitait, la critiquant tout en l’admirant, « penser ce que la philosophie occidentale moderne n’avait pas pu penser », lui apporter de quoi avancer vers l’universalité visée. Il considérait que la conception anthropologique de la pensée occidentale était limitée par une égologie et un individualisme exclusif. Watsuji s’intéressa notamment aux notions de fudô (« milieux », au sens d’« environnements ») et d’aida (l’entre, la dimension intersubjective de l’homme, sa dimension collective, sociale, communautaire et identitaire). Pour Watsuji, l’individu seul, la « monade individuelle » n’existe pas dans la réalité. Le « moment individuel » est une abstraction qui ne prend en compte qu’une partie de la réalité humaine. L’aida - 間, L’intérité intersubjective, pose que l’être humain n’est pas complètement considéré sans l’ensemble dynamique de relations qui participe à la construction de son identité, il n’est pas « substantiel » et isolé, il est « relationnel » et situé. Or la pensée occidentale sépare absolument son étude de l’individu de son étude du groupe, même quand elle les additionne. Elle a négligé l’étude de leur interdépendance, de l’unité des deux aspects dans la réalité.

Kimura Bin, psychiatre japonais, a repris la philosophie de Watsuji dans le cadre de ses travaux de médecin et de chercheur à l’Université de Kyoto, faisant avancer plus loin cette « anthropologie de l’entre ». Il a proposé de nouvelles dimensions à cette intérité ontologique de l’être humain. : En ayant constaté que des maladies du rapport à soi (comme la schizophrénie, la dépersonnalisation ou la mélancolie) était souvent des maladies du rapport à l’entourage et au milieu, Kimura établit un lien entre l’aida inter subjectif, « lieu et moment » d’ancrage de l’identité collective, et un aida intra subjectif, « lieu et moment d’ancrage » de l’identité du soi. Ce lien est pour Kimura un « arche-aida », « l’Intérité » qui précède et fonde les dimensions intra-subjectives et inter-subjectives de l’identité, mais aussi ce qui rend possible les régulations et les adaptations face à l’altérité de l’environnement.

Cette pensée de l’intérité existe aussi en Occident, dans le champ de l’étude de l’interculturalité.

Ainsi, dans son travail de critique de l’interculturel, Jacques Demorgon insiste sur cette intérité adaptative fondamentale, et sur sa construction sur trois niveaux d’intérité, qui situent les antagonismes : Au sein de la nature, entre les humains et leur environnement (les « milieux »), et entre humains.Sur le plan des sociétés et des cultures, il l’illustre notamment par les principes d’adaptation antagoniste et d’inter culturation travaillés par Georges Devereux.

Cette notion d’Intérité permet de développer une pensée ternaire, topique et praxique qui facilite une approche et une lecture dynamique de la complexité des phénomènes identitaires et des changements culturels.


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